Par Anthony Marcus pour Eurasia Business News, 18 février 2026. Article n°2030.

Les tensions franco-allemandes sur le SCAF sont anciennes et combinent désaccords industriels, politiques et opérationnels. Elles s’aggravent depuis 2024‑2025 au point de menacer l’existence même du programme. Le matin du 18 février 2026, le chancelier allemand Merz a déclaré que l’Allemagne “n’a pas besoin du modèle d’avion que propose la France.”

1. Origines du programme et premières divergences (2017‑2020)

Le SCAF est lancé en 2017 par Paris et Berlin (rejoints ensuite par Madrid) pour développer un système de combat aérien complet, avec un avion de 6e génération (NGF) et tout un « système de systèmes » (drones, nuage de combat, etc.).

Dès le départ, les besoins militaires divergent : la France veut un avion polyvalent, embarquable sur porte‑avions et apte à la mission nucléaire, l’Allemagne privilégie un appareil lourd, de long rayon d’action, centré sur la défense du territoire et l’intégration OTAN.

2. Montée des tensions industrielles (2020‑2023)

Le principe politique initial était celui du « meilleur athlète » : chaque pays mène un pilier selon ses compétences (Dassault chef de file sur le NGF, Airbus sur d’autres piliers).

Rapidement, les industriels allemands contestent la position de maître d’œuvre revendiquée par Dassault sur l’avion lui‑même, estimant que la répartition des tâches et des compétences n’est pas assez équilibrée avec Airbus Defence & Space.

3. Crise ouverte sur la gouvernance et le partage du travail (2024‑mi‑2025)

Les négociations sur la phase 1B (études avancées) et la préparation du démonstrateur volable se heurtent à deux visions :

côté français, un maître d’œuvre unique (Dassault) responsable du NGF ;

côté allemand, une logique de coopération « 50/50 » avec Airbus.

Les désaccords portent sur la propriété intellectuelle, l’architecture de l’avion, la répartition des tâches critiques et des chaînes de sous‑traitance, ce qui provoque des retards répétés et plusieurs blocages techniques et contractuels.

4. L’escalade de 2025 : accusations et menace de retrait allemand

En 2025, la situation bascule en crise politique : l’industrie allemande (BDLI) et le syndicat IG Metall accusent Dassault d’exiger un contrôle « exclusif » sur la conception du NGF et le choix des fournisseurs, parlant de « dogmatisme » français.

L’été‑automne 2025 voit se multiplier les signaux de rupture :

  • lettres et prises de position publiques d’IG Metall et de responsables d’Airbus Defence & Space affirmant qu’ils n’ont plus confiance dans Dassault ;
  • avertissements du ministère allemand de la Défense au Bundestag contre toute concession trop favorable à l’industrie française ;
  • fuites dans la presse indiquant qu’Airbus dit au chancelier allemand qu’il ne voit plus de raison de continuer si Dassault garde la main sur la gouvernance du projet.​
  • En parallèle, des scénarios circulent à Berlin pour développer un autre projet d’avion de combat de 6e génération, possiblement avec d’autres partenaires européens, sans Dassault.

5. La contre‑offensive politique française

Face aux pressions, Paris réaffirme des « lignes rouges » : Emmanuel Macron indique à l’automne 2025 que si les partenaires ne sont pas d’accord avec ce qui a été décidé, ils sont libres de quitter le SCAF, liant même explicitement le SCAF au programme de char du futur MGCS.

Lire aussi Le Prince de Machiavel, Texte original et commentaires

La France défend le modèle du maître d’œuvre intégrateur, qu’elle considère comme la condition pour livrer un avion cohérent et dans les délais, en s’appuyant sur l’expérience des programmes nationaux (Mirage, Rafale).

6. La crise de 2026 : rupture de confiance et ultimatum

Début 2026, plusieurs événements cristallisent la crise.

Des déclarations publiques de responsables allemands dénonçant la « subordination » de l’industrie allemande et la volonté française de capter jusqu’à environ 80% de la charge de travail sur le NGF sont reçues par les experts comme des provocations destinées à faire réagir le gouvernement français et Dassault Aviation.

Le gouvernement allemand attend de la France une clarification avant fin février 2026 sur la gouvernance et le partage industriel, tout en différant sa décision finale sur la poursuite ou non du programme.

Lire aussi : L’Iliade: Texte original et Préface avec commentaires

Dans ce contexte déjà explosif s’inscrivent les propos de Friedrich Merz expliquant que l’Allemagne « n’a pas besoin du même avion de combat que la France », ce qui traduit une remise en cause stratégique autant qu’industrielle de la coopération.

7. Fond de scène : deux modèles irréconciliables ?

Au‑delà des incidents, ces tensions expriment l’opposition de deux modèles d’industrie de défense :

1/ Le modèle français : programme fortement piloté par un maître d’œuvre national, intégration serrée pour garantir la souveraineté et la sécurité des données, priorité aux besoins propres (dissuasion nucléaire, porte‑avions, export) ;

2/ Le modèle allemand/airbusien : coopération multinationale égalitaire, partage de travail équilibré, logique de « juste retour » industriel, éclatement des process, faible souveraineté et faible sécurité des données, subordination aux Etats-Unis pour la base industrielle de défense.

Après presque dix ans de négociations, le SCAF illustre les limites de la coopération d’armement franco‑allemande lorsqu’il n’existe ni convergence stratégique claire ni compromis sur la gouvernance industrielle. Le couple franco-allemand est une simple illusion, sur le papier et pour les discours. Berlin ne s’est jamais engagé dans un dialogue sincère et de bonne foi dans ce programme. Paris devrait en tirer les conséquences et se rapprocher des Etats européens proches de sa vision de la souveraineté.

Advertisements

Notre communauté compte déjà près de 215 000 lecteurs, abonnez-vous !

Abonnez-vous à notre chaîne Telegram

Recevoir un message lorsqu’un nouvel article est publié :

Suivez-nous sur TelegramFacebook et Twitter

© Copyright 2026 – Eurasia Business News