Par Swann Collins, consultant en affaires internationales, pour Eurasia Business News, 18 février 2026. Article n°2029.

Friedrich Merz, chancelier allemand, a déclaré ce matin que l’Allemagne n’a « pas besoin du même avion de combat que la France », ce qui remet ouvertement en question la participation de Berlin au programme SCAF et laisse planer la possibilité d’un retrait allemand du projet.
Ce que Merz a dit
Il affirme que les besoins français et allemands divergent pour le futur avion de combat, notamment sur la capacité nucléaire et l’emploi sur porte-avions, jugés inutiles pour la Bundeswehr.
Merz souligne que Paris et Berlin sont « en désaccord sur les spécifications et les profils » de l’appareil à développer en commun.
Le chancelier pose la question de savoir s’il faut construire deux avions pour deux profils différents ou un seul, en notant que la France veut un unique appareil répondant à ses propres exigences.
Conséquences possibles pour le SCAF
Ces déclarations signifient que l’Allemagne envisage clairement d’abandonner le programme Système de combat aérien du futur (SCAF), mené avec la France et l’Espagne depuis 2017.
Merz indique qu’il existe « d’autres pays en Europe » prêts à travailler avec Berlin si le projet commun avec Paris échoue.
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Le SCAF doit remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols à l’horizon 2040, dans un contexte de réarmement européen face à la Russie, ce qui rend ces tensions particulièrement sensibles.
Position française
La présidence française juge qu’il serait « incompréhensible » que des divergences industrielles ne puissent être surmontées compte tenu des enjeux stratégiques pour l’Europe et de la nécessité d’afficher unité et efficacité.
Paris insiste sur la viabilité du programme SCAF malgré les retards, les tensions entre industriels (Dassault d’un côté, Airbus de l’autre) et les différends politiques avec Berlin.
Analyse
Le refus de l’Allemagne de participer au programme SCAF aux côtés de la France n’est pas une nouvelle, tant ce sujet défraie la chronique depuis des années. Les tensions franco-allemandes sur le SCAF sont anciennes et combinent désaccords industriels, politiques et opérationnels. Elles s’aggravent depuis 2024‑2025 au point de menacer l’existence même du programme.
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Le SCAF est lancé en 2017 par Paris et Berlin (rejoints ensuite par Madrid) pour développer un système de combat aérien complet, avec un avion de 6e génération (NGF) et tout un « système de systèmes » (drones, nuage de combat, etc.).
Dès le départ, les besoins militaires divergent : la France veut un avion polyvalent, embarquable sur porte‑avions et apte à la mission nucléaire, l’Allemagne privilégie un appareil lourd, de long rayon d’action, centré sur la défense du territoire et l’intégration OTAN.
Paris s’appuie sur le savoir-faire et l’expérience des ingénieurs et industriels français en aviation militaire, pour légitimer sa volonté que Dassault ait la gouvernance du programme. Berlin, dépourvu de la technologie et de l’expérience nécessaires, souhaite de son côté obtenir les technologies et les savoir-faire sous le voile de la coopération avec Airbus.
Le problème est le suivant : qu’apporte l’Allemagne à la France en échange ? Rien. Berlin a toujours privilégié l’industrie allemande ou américaine de défense et a toujours tenté d’affaiblir les entreprises françaises.
Lorsque Merz indique qu’il existe « d’autres pays en Europe » prêts à travailler avec Berlin si le projet commun avec Paris échoue, nous pensons que le chancelier allemand cite la Pologne, la Suède et les pays Baltes. Ces Etats ont une industrie de défense développée et sont alignés sur la politique de Berlin à l’égard de l’OTAN.
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