Par Swann Collins, investisseur, auteur et consultant en affaires – Eurasia Business News, le 4 avril 2022

Au troisième trimestre 2021, les prix des logements ont augmenté de 8,8 % dans la zone euro et de 9,2 % dans l’Union européenne. Image : immeuble de rapport à Paris, 2021. Crédits photo : Swann Collins.

Depuis mars 2021 l’inflation est de retour en France et dans la zone euro.

L’inflation est la baisse du pouvoir d’achat de la monnaie d’un pays sur une période de temps prolongée. Ce phénomène se traduit par une augmentation du niveau moyen des prix des biens, des services et des actifs.

Le célèbre économiste américain Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976, affirmait :

« L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire qui n’est produit que par une augmentation plus rapide de la quantité de monnaie que de la production (biens, services et/ou actifs). »[1]

L’indicateur le plus connu pour mesurer l’inflation en France est l’indice des prix à la consommation publié par l’INSEE, l’Institut national de la statistique et des études économiques.

L’INSEE est une direction générale du ministère de l’Économie et des Finances. Il a pour mission de collecter, analyser et diffuser des informations sur l’économie et la société française sur l’ensemble de son territoire. Par conséquent, l’INSEE ne peut pas être qualifiée d’organisation indépendante du pouvoir politique. 

En février 2022, les prix à la consommation en France ont augmenté de 0,8 % sur un mois et de 3,6 % sur un an, d’après les données publiées par l’INSEE. Sur l’année 2021, l’INSEE indique un taux d’inflation en France à 1,6%, bien que ce chiffre semble sous-estimé.

Notre inflation actuelle est le produit d’une politique monétaire déterminé. Elle tire sa source dans la politique monétaire expansionniste de la Banque centrale européenne, qui s’applique dans les 19 pays de la zone euro. Un remède à l’inflation actuelle en France et dans la zone euro reposerait sur la volonté et la capacité de la BCE à inverser sa politique monétaire expansionniste, composée de taux directeurs bas et de l’assouplissement quantitatif, euphémisme savant pour signifier l’achat massif de titres de dettes, ce qui équivaut à l’ancienne planche à billets.

Une réaction de la BCE serait logique en 2022, car l’inflation de la zone euro annualisée en février 2022 et mesurée par l’indice des prix à la consommation était de 5.9%, contre 5.1% en janvier. En février 2021, le taux d’inflation pour la zone euro était de 0.9%, d’après Eurostat, l’agence européenne des statistiques.

Quant à l’Union européenne, le taux d’inflation annuel s’est établi à 6,2% en février 2022, contre 5,6% en janvier. En février 2021, ce taux était de 1,3%.

Le 1er avril, l’agence européenne des statistiques Eurostat a publié les données de l’inflation pour mars 2022. Le taux d’inflation annuel de la zone euro est estimé à 7,5% en mars 2022, contre 5,9% en février.

La situation est critique. Ces chiffres sont inédits depuis les années 1990 pour l’Europe occidentale. Les revenus des classes moyennes et modestes n’augmentent pas à 7.5% par an. Cette puissante vague d’inflation qui a émergé début 2021 est le résultat de politiques erronées de la BCE et des gouvernements européens.

Milton Friedman considérait que “l’inflation est une taxation sans législation“. En effet, à mesure que les salaires et traitements augmentent pour suivre la montée du coût de la vie, cela pousse mécaniquement le revenu des travailleurs vers des tranches d’imposition plus élevées, même si leur niveau de vie n’a pas augmenté. Ainsi, l’inflation génère des revenus supplémentaires pour le gouvernement mais réduit le pouvoir d’achat réel des contribuables.

Que vous payiez plus de taxes ou non, à mesure que les prix augmentent, les consommateurs, en particulier ceux à revenu fixe, souffrent d’une réduction du pouvoir d’achat et sont moins bien lotis. 

L’inflation touche aussi les prix du logement et des loyers, qui sont l’un des trois principaux passifs des ménages, quel que soit le pays, avec l’alimentation et les produits du quotidien et le transport.

En Europe, les prix des logements ont fortement augmenté au cours des dix dernières années. Ils ont augmenté sur un an de 6,8 % dans la zone euro et de 7,3 % dans l’Union européenne au deuxième trimestre 2021, par rapport au même trimestre en 2020, rapporte Eurostat. Au troisième trimestre 2021, les prix des logements ont augmenté de 8,8 % dans la zone euro et de 9,2 % dans l’Union européenne.

Entre 2010 et le troisième trimestre 2021, dans l’UE, les loyers ont augmenté de 16,0 % et les prix des logements de 38,7 %, indique Eurostat.

La hausse des prix des logements et des loyers a des effets directs contraignants sur la richesse et le pouvoir d’achat des ménages. L’inflation des prix du logement et des loyers réduit la capacité des familles à investir dans d’autres actifs ou dans la consommation et à avoir un niveau de vie confortable, gage de toute démocratie libérale.

Un effet secondaire de l’inflation est que les politiciens et gouvernements de mauvaise foi accuseront les entreprises « avides » d’augmenter les prix de leurs biens et services. En réalité, la véritable cause de l’inflation est toujours la politique monétaire du gouvernement et de la banque centrale.

Même si les entreprises facturent à des prix plus élevés leurs biens ou services avec l’inflation, leurs marges bénéficiaires diminuent souvent et leur stabilité commerciale est affaiblie. Aucune entreprise ne sort gagnante d’un contexte de haute inflation.

Que faire pour lutter contre le fléau de l’inflation ?

La cause profonde de la pression inflationniste est la trop forte quantité de monnaie fiduciaire en circulation pour relativement trop peu de biens, de services et/ou d’actifs, ce qui entraîne une hausse soutenue des prix. Cela est manifeste sur le marché immobilier dans la zone euro et en France. Une véritable bulle immobilière a commencé à se former dès 2010 et continue de grossir, jusqu’au jour où elle éclatera.

En Europe, les prix des logements ont également fortement augmenté au cours des dix dernières années. Ils ont augmenté de 6,8 % dans la zone euro et de 7,3 % dans l’Union européenne au deuxième trimestre 2021, par rapport au même trimestre en 2020, rapporte Eurostat. Au troisième trimestre 2021, ils augmentèrent de 8,8 % dans la zone euro et de 9,2 % dans l’Union européenne, par rapport au même trimestre de 2020.

Le même schéma s’applique au marché boursier, qui voit la valeur des actions de grandes entreprises être artificiellement gonflée par l’afflux massif de liquidités créées par la BCE.

L’antidote au problème de l’inflation est que la Banque centrale européenne reconnaisse ses erreurs et réduise l’offre de monnaie et de crédit par rapport à la production des biens, des services et des actifs.

L’institution de Francfort doit passer du contrôle des taux d’intérêt à la réduction de la taille de son bilan. La raison pour laquelle la masse monétaire dans la zone euro a augmenté est que le bilan de la BCE s’est fortement accru ces dernières années.

En 2021 la taille du bilan de la BCE s’est accrue de 111 milliards d’euros, à 680 milliards d’euros (contre 569 milliards en 2020), soit une augmentation de 19,5% en un an ! Cette hausse est essentiellement imputable aux titres acquis en vertu du PEPP et du programme d’achats d’actifs (asset purchase programme, APP).

Fin 2021, le bilan annuel consolidé de l’Eurosystème, comprenant les actifs et passifs des banques centrales nationales des Etats de la zone euro et de la BCE vis-à-vis des tiers, s’élevait à 8 566 milliards d’euros (contre 6 978 milliards en 2020). Cela représente une augmentation de 22,75 % entre 2020 et 2021 !

Cette augmentation rapide est le résultat des achats massifs par la BCE de titres émis par les gouvernements des Etats membres de la zone euro allant des bons du Trésor aux titres adossés à des créances hypothécaires, qu’elle paie aux banques avec des euros existants ou nouvellement créés. Les banques commerciales injectent ensuite cet « argent neuf » dans l’économie via des prêts et d’autres formes d’investissement. À l’inverse, la masse monétaire de la zone euro se contracte lorsque la BCE vend des titres aux banques. C’est ce que la BCE doit faire maintenant pour réduire l’inflation.

La BCE devrait laisser le marché déterminer les taux d’intérêt. Les banquiers centraux de la zone euro devraient se concentrer sur la réduction du bilan de la BCE. Je fais confiance au marché pour déterminer les taux d’intérêt au juste niveau. Il est important que la BCE agisse maintenant, alors que le taux de croissance de la zone euro est attendu à 4,0 % en 2022, avant de reculer à 2,7 % en 2023. Cette reprise économique après la récession en 2020 due à la pandémie de covid-19 est l’occasion de remonter les taux directeurs et de réduire le bilan de la BCE, afin d’avoir des marges de manœuvre suffisantes lors de la prochaine crise. La progression de l’économie de la zone euro avait enregistré une baisse de 6,4% en 2020, à cause de la pandémie de Covid-19. Une nouvelle crise dans les cinq prochaines années n’est nullement exclue en Europe.

Il est aujourd’hui difficile de justifier le maintien des taux d’intérêt de la BCE à zéro, l’achat d’obligations et la croissance de son bilan, tout en s’attendant à ce que l’inflation annuelle ne dépasse pas 6% dans la zone euro. 

Avec la reprise économique actuelle dans la zone euro, la BCE devrait agir maintenant pour lutter contre l’inflation en contractant son bilan. Malheureusement, il est peut-être trop tard pour que la BCE maîtrise l’inflation tout en évitant une baisse de l’activité économique fin 2022 ou début 2023. 

Un problème majeur, conséquence des hésitations des dirigeants de la BCE à Francfort, est que lorsque les attentes inflationnistes s’installent dans l’économie, rendant le travail des banquiers centraux encore plus difficile lorsqu’ils agissent enfin en réduisant les taux directeurs et leur bilan.

La montée des prix de l’énergie en Europe révèle enfin les errements de gouvernements ayant faibli face aux cris d’une minorité active se revendiquant de l’écologisme. La fermeture rapide de centrales nucléaires et la réduction des dépenses d’investissement en la matière ont amené des Etats à rouvrir des centrales à charbon ou à dépendre dangereusement d’importations de gaz étranger. Actuellement, avec la crise ukrainienne, les approvisionnements en gaz russe sont compromis et des Etats européens comme l’Allemagne ou l’Autriche sont dans une impasse. Les centrales nucléaires françaises devront expédier une partie de leur électricité produite vers nos voisins allemands pour compenser le déficit en gaz. Cela sera autant d’électricité en moins pour les entreprises et ménages français. Moins d’électricité disponible signifie demande plus forte et prix plus élevés.

Alors qu’une élection présidentielle vas se jouer en France dans les prochains jours, il est essentiel que les citoyens comprennent l’origine de l’inflation actuelle et réclament la bonne méthode auprès des gouvernants pour la réduire.

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© Copyright 2022 – Swann Collins, investisseur, écrivain et consultant en affaires internationales.


[1] Friedman, Milton. “Money: the Quantity Theory”, IESS, 1968.