Par Anthony Marcus, correspondant pour Eurasia Business News, le 4 décembre 2022

En visite officielle à Washington depuis le 1er décembre, le président Français Emmanuel Macron a déclaré le 3 décembre qu’après la fin du conflit en Ukraine, l’Europe devra construire une architecture de sécurité actualisée, impliquant la fourniture de garanties à la Russie. Le dirigeant français a également appelé les pays européens à se préparer à la vie dans les nouvelles conditions politiques après la cessation des hostilités en Ukraine. La question des garanties avait déjà été discutée par le président Macron et son homologue russe Vladimir Poutine le 8 février 2022 à Moscou, avant le début de la guerre.

Dans le cadre de sa visite officielle à Washington auprès du président américain Joe Biden, le président français Emmanuel Macron, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision française TF1, a brossé un large tableau sécuritaire à moyen terme du conflit en Ukraine. Le chef de l’Etat a recommandé, après s’être engagé à poursuivre l’envoi d’aide au gouvernement de Kiev, que la Russie reçoive une sorte de “garantie de sécurité” si elle décide de s’asseoir et de négocier la fin du conflit.

« Nous devons réfléchir à l’architecture de sécurité dans laquelle nous devrons vivre demain. Nous parlons, en particulier, des paroles du président russe Vladimir Poutine selon lesquelles l’OTAN s’approche des frontières de la Russie… Nous devons nous préparer à ce qui se passera après (le conflit ukrainien) et réfléchir à la manière dont nous pouvons protéger nos alliés et en même temps donner à la Russie des garanties de sa propre sécurité au moment où le retour à la table des négociations aura lieu », a déclaré M. Macron dans un entretien diffusé sur l’antenne de la chaîne française TF1.

La France, par la voix de son président actuel, Emmanuel Macron, s’est efforcé depuis 2017 de relancer la relation bilatérale avec la Russie et de réformer l’architecture de sécurité en Europe afin d’y inclure Moscou et de résoudre la problème géopolitique posé par l’Ukraine. Le président français s’est ainsi rendu plusieurs fois à Moscou en visite officielle. Le président russe Vladimir Poutine est quant à lui venu en France en mai 2017, dans le cadre du tricentenaire de la visite du tsar Pierre le Grand en France. Sa rencontre avec le président Emmanuel Macron, fraîchement élu, avait été abondamment commentée.

Après l’entrée des troupes russes sur le territoire de l’Ukraine le 24 février 2022, la discussion entre les dirigeants européens sur l’admissibilité de l’inclusion potentielle de la Russie dans la structure de sécurité globale en Europe s’est intensifiée. En avril, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré que les tentatives de l’Allemagne d’intégrer la Russie dans l’architecture de sécurité globale avaient échoué.

Plus tôt, entre septembre 2021 et janvier 2022, avant le déclenchement des hostilités en Ukraine, la Russie avait demandé des garanties de sécurité des États-Unis et de l’OTAN. Elles concernaient en particulier la non-expansion de l’alliance vers les frontières de la Russie.

Lire aussi : Les Etats face à l’espionnage dans le cyberespace

La première journée de négociations eut lieu le 10 janvier 2022 à Genève. Des consultations se tinrent avec les États-Unis sur les questions de sécurité mondiale. Puis, le 12 janvier, à Bruxelles, des négociations entre des représentants de l’OTAN et de la Russie eurent lieu. La réunion finale se tint le 13 janvier à Vienne, dans le cadre de Pourparlers Russie-OSCE.

Le Secrétaire d’Etat américain Antony Blinken et le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov eurent un entretien par téléphone le 15 février 2022, mais les négociations n’aboutirent pas, la partie américaine refusant de donner des garanties concrètes de sécurité à la Russie. Lors des mois précédents, les diplomates russes et occidentaux discutèrent sur les garanties de sécurité demandées par la Russie, face à l’expansion continue de l’OTAN vers son territoire depuis 1999. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg rejeta les accusations d’agressivité de l’Alliance militaire, affirmant que son expansion vers la Russie n’est pas dangereuse, les armes de l’OTAN permettant de “propager la démocratie” et n’étant que « défensives ».

Lire aussi : Henry Kissinger cite trois issues possibles à la guerre en Ukraine

Après bientôt dix mois de guerre, le conflit en Ukraine a vu les forces de Kiev reprendre une partie du territoire conquis par les troupes russes entre février et avril 2022. Les conséquences humaines et matérielles de la guerre et l’impact des sanctions et contre-sanctions sur l’économie européenne et mondiale, alors que l’inflation frappe durement l’Europe et le reste du monde, renforcent aujourd’hui la nécessité d’ouvrir des négociations, afin d’obtenir au moins la cessation des combats.

De la résolution du statut géopolitique de l’Ukraine dépend la stabilité et la prospérité de l’Europe. Les droits de l’Ukraine sont à prendre en compte, mais les demandes de la Russie également, dès lors que ce pays est une puissance nucléaire, dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et reçoit le soutien d’alliés puissants, comme les BRICS ou les Etats membres de l’OPEP. Cette équation ne rend que plus difficiles les négociations à venir, qui sont pourtant bien nécessaires.

Merci de compter parmi nos lecteurs.

Pour nous soutenir, partagez nos publications, faites un don par l’onglet à droite de cette page ou abonnez-vous à nos contenus premium, pour 8,99€ par mois.

Notre communauté compte déjà près de 95 000 membres !

Suivez-nous sur Facebook et Twitter

© Copyright 2022 – Eurasia Business News