Par Anthony Marcus, pour Eurasia Business News, le 24 janvier 2023

Le journal allemand Spiegel  a rapporté que le gouvernement du Chancelier allemand Olaf Scholz avait accepté d’envoyer au moins une compagnie de chars Leopard 2A6 aux forces armées ukrainiennes. Une compagnie est composée de trois pelotons de chars. Chaque peloton comprend trois chars, ainsi qu’un char de contrôle. Autrement dit, nous parlons d’une dizaine de chars.

Aucune confirmation officielle n’a été faite jusqu’ici.

La décision de livraison devrait être annoncée officiellement le 25 janvier à 13h00. À l’heure actuelle, le chancelier allemand Olaf Scholz doit prendre la parole au Bundestag. Dans la soirée du même jour, il doit interviewer la chaîne de télévision ZDF.

Cette annonce fait suite à un débat de longue date sur la question entre les alliés de l’OTAN, et intervient après que la Pologne a officiellement demandé à Berlin l’autorisation d’envoyer certains de ses chars Leopard 2 en Ukraine.  

Selon les sources du Spiegel, les chars lourds allemands Leopard 2A6 ont maintenant commencé à sortir des entrepôts de la Bundeswehr. À moyen et long terme, d’autres chars de combat allemands pourraient être préparés pour être expédiés et livrés en Ukraine pour lutter contre les armées russes.

La décision du gouvernement allemand, apparemment, a été précédée de consultations intensives entre l’Allemagne et d’autres alliés de l’Ukraine, notamment les Etats-Unis. Ces discussions et pressions ont duré plusieurs semaines. Il ressort des éléments de la publication que des négociations étaient en cours, y compris avec les États-Unis.

Le 18 janvier, le chancelier allemand Olaf Scholz et le président américain Joe Biden ont eu une conversation téléphonique. Les médias ont rapporté qu’au cours de la conversation, M. Scholz avait déclaré qu’il accepterait de transférer des chars en Ukraine si les États-Unis commençaient les livraisons de M1 Abrams, et M. Biden a promis d’explorer la possibilité de transférer ces chars.

Le 19 janvier, Olaf Scholz, participant au forum économique de Davos, avait de nouveau refusé de répondre à la question de savoir quand Kiev recevra les chars lourds allemands Leopard 2. L’Allemagne retardait alors sa décision, malgré la pression.

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Le vendredi 20 janvier se tint la huitième réunion du Groupe de contact sur l’Ukraine, qui regroupe environ 50 pays, à la base américaine de Ramstein en Allemagne. Le principal point à son ordre du jour fut la question de la possibilité de fournir à Kiev des chars de combats lourds de fabrication occidentale. A nouveau, l’Allemagne refusa de s’engager. Après le sommet franco-allemand du 22 janvier, organisé à l’occasion du 60e anniversaire du Traité de l’Élysée de 1963, il semble que Berlin ait cédé aux demandes insistantes du président français Emmanuel Macron et du président américain Joe Biden.

L’envoi d’armes lourdes en Ukraine est une mesure impopulaire en Allemagne, la population gardant le souvenir de la Seconde guerre mondiale (1939-1945) et de ses conséquences pour le pays et l’Europe.

Fournir des chars lourds Leopard II à Kiev pour combattre les forces russes seraient inédits pour l’Allemagne depuis 1945. Les dirigeants russes ne manquent pas de le rappeler. 

Aujourd’hui, 24 janvier, le Wall Street Journal et Sky News Arabia, citant des sources au Pentagone et à la Maison Blanche, ont rapporté que l’administration présidentielle américaine pourrait s’entendre sur une décision d’envoyer l’Ukraine “nombre significatif” de chars lourds M1 Abrams.

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Le conflit entre l’Ukraine et la Russie est une guerre par procuration entre la Russie et les États-Unis, deux grandes puissances nucléaires. L’Europe n’a jamais été aussi proche depuis 1945 de l’embrasement. Après son suicide raté de 1914-1918 et son suicide réussi de 1939-1945, l’Europe aura-t-elle compris la leçon de l’Histoire ? Les dirigeants et les peuples européens vont-ils choisir la négociation et le compromis, après 200 000 morts sur le sol européen en un an, ou choisir l’escalade et l’aggravation de la situation, au risque de destructions plus massives ? D’autres choix auraient-ils pu être faits entre 2014 et février 2022 ?

Comment seront utilisés les chars lourds occidentaux envoyés en Ukraine ? Pour défendre les villes et les civils, pour percer la ligne de front ou pour traverser la frontière russe ? Les lignes de front vont-elles être stabilisées suite à l’envoi de ces armes lourdes, stabilisation ouvrant la voie des négociations ? Rien n’est sûr, sauf le fait que la Russie pourrait augmenter la pression de son artillerie, dans la stratégie de guerre de masse qu’elle utilise après l’échec de la guerre de mouvement initialement menée en 2022.

Le président américain Joe Biden annoncera sa décision sur la question de la livraison de chars Abrams à l’Ukraine le mercredi 25 janvier, auraient déclaré des responsables de l’administration américaine à l’agence Reuters.

Le Leopard 2 est le char de combat principal de la Bundeswehr, les forces armées allemandes. Il est également en service avec l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, la Turquie, la Norvège, la Suède, la Suisse, l’Espagne, le Danemark, la Grèce, la Finlande et les Pays-Bas. Il est en service depuis 1979 et a subi de nombreuses modifications. Plus de 3 600 unités de ce char ont été produites au total.

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Presque immédiatement après le début de l’opération militaire spéciale russe le 24 février 2022, Kieva demandé à l’Occident de lui envoyer des chars lourds. Cependant, la coalition d’alliés n’était pas pressée de répondre à cette demande, se limitant à envoyer en Ukraine les chars soviétiques T-72 restés en service dans différents pays.

L’une des raisons pour lesquelles Berlin n’était pas pressé de fournir des chars modernes était la réticence à aggraver davantage les relations avec Moscou. « Nous soutenons l’Ukraine. Nous le faisons d’une manière qui n’aggrave pas la situation en une guerre entre la Russie et l’OTAN, car ce serait un désastre », avait déclaré Olaf Scholz en septembre 2022. Cependant, la pression sur l’Allemagne a augmenté au fil des mois, s’intensifiant surtout après que Londres a annoncé le 14 janvier sa décision de transférer 14 chars britanniques Challenger 2 modernes à Kiev.

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